Ortgombo – Wilton Maurel

Genèse

Après avoir consacré une dizaine d’années, principalement au sein du collectif l’Excentrale, à confronter les musiques traditionnelles du Massif Central à d’autres pratiques musicales, d’autres esthétiques, imaginaires et disciplines du spectacle vivant ; je souhaite recentrer mon cheminement sur la figure du violoneux, du conteur, du chanteur, et du bruiteur, en solo. Le cadre protéiforme de la « veillée » m’apparaît comme un canevas pour l’élaboration d’un premier solo, qui devra pouvoir s’adapter à la fois aux festivals et lieux de spectacle classiques et aux locaux « non-dédiés », lieux alternatifs, tiers-lieux, et bien sûr chez l’habitant. Imaginer la forme que prendra ce temps de « veillée » proposé sera la première grande étape du projet « Òrt Gombo » : relation à l’espace physique et à l’espace acoustique, répertoire musical, dispositif « live »…

Démarche et contenu

Ce solo sera l’occasion d’orienter mon travail sur la recherche d’une forme où s’équilibrent, sans se nuire, l’interprétation de mélodies ou de chansons et l’improvisation libre. Chantier acrobatique tant il est courant d’opposer ces deux pratiques… mais pour autant il reste inévitablement un endroit de jeu à visiter, le plus confortable possible, où se rencontrent le monde de la micro-variation propre aux musiques traditionnelles si répétitives, et une démarche d’improvisation qui elle, accorde une très grande place à l’instant présent, aux ruptures, et à l’abstraction sonore. Le point commun entre la pratique des musiques traditionnelles et celle de l’improvisation résidant, selon moi, dans l’attention toute spéciale à la matière sonore, à la singularité et la diversité des timbres, au rapport aux espaces qu’ils soient acoustiques ou re-créés par l’enregistrement et l’amplification.

Il s’agit donc tout d’abord de puiser dans mon background historique et affectif de musicien « traditionnel » et dans mes cheminements à travers le vaste champs des musiques improvisées; pour développer un répertoire sur mesure: un « tour de chant » sélectif, dont on appuiera les lignes de force en étirant les différentes pièces, pour en faire des terrains d’expérimentation larges, ouverts et aérés.

Majoritairement en appui sur les traditions de violoneux du Massif Central, ma pratique musicale s’enrichit d’un vocabulaire hétéroclite (voix, percussions, objets sonores, arts de la parole, clown). Je souhaite aussi aborder la question du répertoire dans une perspective de « créolisation » de l’esprit de clochers : « Òrt » signifie jardin potager en Occitan, en quelque sorte c’est mon jardin intérieur, fleuri d’astringences musicales locales ; alors que le « Gombo » est à la fois un mot générique employé pour « plantes » dans la Caraïbe, et le nom d’un plat emblématique de la cuisine créole qui comprend un grand nombre d’ingrédients de diverses origines. Ainsi, l’idée est de passer du petit potager intime au grand ragoût chaleureux et inclusif.

Matériaux envisagés : complaintes traditionnelles du pays natal, violons préparés, rythmes brésiliens, calebasse, valse louisianaise, chant diphonique, loopstation, susaps, ableton live, chanson de création, graines, gouznis, planche à pieds.